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31.05.2007

Maurice


Le visiteur du jour....

Midi, les branches des tamaris s’écartent. Juste avant, le chant du petit klaxonne tressautant sur les bosses annonce sa venue comme les douze coups de bâtons qui précèdent la levée du rideau.
Et justement le rideau se lève.

Notre ami « des nouvelles » s’avance, il apporte le mandat poste du « cacheton » du mois dernier, les cartes postales de la grand-mère volante, et peu importe, c’est sa venue qui est importante le courrier n’est qu’un prétexte.
La fête commence….
Un « bonjour les petit z-amis » joyeux met le ton. Papa s’empresse de servir un petit coup de rouge ou un un petit coup de cidre, de toutes façons il s’agit toujours « d’un petit coup » - service oblige.
Et puis il fait chaud.
Nous nous précipitons, avides d’écouter les dernières anecdotes de l’Ile, les délicieuses et les terribles, et notre Ile c’est tout un monde.
Debout, refusant gentiment le siège qu’immanquablement maman glisse derrière lui, il balaye d’un regard tendre nos têtes blondes accourues.Après un échange des bons mots d’usage qui s’assurent de la santé et du moral de chacun, les fameuses anecdotes se délient dans leurs moindres détails, puis l’Ami lève son verre très haut à la façon d’un hôte qui invite une immense tablée à porter un toast.
Papa ne tarde pas à lui poser la main sur l’épaule en entamant une phrase qui commence toujours par « mon petit Maurice… », geste simultanément répété par Maurice comme un signe attentif de reconnaissance « mon petit Michel… » Bien plus tard, c’est sur mon épaule que Maurice posera sa main…
Et hop ! A cheval sur son destrier de fer, il repart déjà tenant d’une main son guidon pour nous lancer son plus grand salut.
Vivement demain qu'il revienne !

Plus tard, on "passera" après les courses, après la plage et nos conversations auront déjà des accents nostalgiques. Avec beaucoup de pudeur, nous parlerons de celui qui n'est plus là, soutenant de toutes nos forces le regard des enfants pour y chercher l'inévitable ressemblance.
Plus tard encore, nous pleurerons ensemble celle qui n'est plus, et pourtant si, assise là, on entendra encore son rire cristallin si frais.
Et enfin, l'étape ne sera plus jamais la même, entre enfants et petits enfants plus ou moins orphelins, nous entretiendrons ces bonheurs passés pour en vivre de nouveaux.
Et ce qui ne changera pas, ce seront les images et les phrases encore intactes, nous nous emploierons avec la plus grande application à tout redessiner.
Ma fille m'a dit que Maurice était parti dans le ciel sur son vélo magique pour retrouver Odile et Michel. En fait je n'aurai rien dû écrire d'autre que cette phrase.
Chaque jour, je soigne les petits pieds de tomates qu’il m’a confié en avril, ils poussent doucement, j’attends ces tomates comme la promesse d’un rendez-vous.Et quand toutes les tomates auront été mangées…
Pour Maurice."
L.Caron

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